Litterature

Livres; Toulouse, 2010 ( by Oim)



================                   LIRE                  ===============================



Lire... Pourquoi lire? Pourquoi chercher dans les mots des autres ce que nous-mêmes ne pouvons exprimer? Pourquoi ne pas accepter ce silence des coeurs et des bouches?

Pourquoi ce mutisme est-il autant insupportable? Comme s'il fallait pour tout acte de la vie trouver à dire ou à lire... Daniel Pennac, écrivain, affirme : " Le verbe lire ne suporte pas l'impératif". et , toute personne qui , comme moi, aurait été confrontée à la question titanesque "Comment faire lire des élèves? " serait bien obligée de reconnaître tout le bon sens de la formule pénacienne...

On ne peut contraindre personne à lire puisque "contrainte" est l'exact opposé de "lecture". Celle-ci est un plaisir, une joie, une jubilation, une recherche de soi à travers un Autre qui se livre pour mieux vous accrocher à lui. Lire est un acte intrinsèquement intime, on lit pour soi, égoïstement et quel plaisir! Moi, je lis pour les blancs entre les mots, pour tout ce qui n'est pas dit mais qu'on devine, pour ce non-dit qui transpire dans tout ce qui est dit, pour ce jeu de découverte, de devinette...

Rien n'est plus parlant que l'espace entre deux mots parce que cet espace nous appartient, à nous, lecteurs, parce que nous pouvons y voir, y lire, y mettre tout ce que l'écrivain n'y a pas mis et c'est tant mieux! Nous lisons parce les mots nous livrent bataille, parce qu'ils nous y invitent et se dérobent dans la seconde qui suit... Relisez n'importe quel livre.. Tout y est et tout s'enfuit.. Les mots comme les souvenirs, se ramassent à la pelle, ils sont là, à portée de coeur, tous offerts, tous livrés, tels la tête de St Jean Baptiste.. Mais le plateau d'argent rutilant des phrases n'étincelle que pour mieux nous éblouir,; il nous empêche de voir l'essentiel... Un auteur nous livre ses mots mais ne se livre pas! Où est l'écrivain dans ses livres? Partout, dans chaque lettre, chaque mot, caché, tapi, offert et mystérieux....

Et c'est pour cela que nous lisons, pour ces marges blanches qui nous laissent espérer tant de choses, pour ces lignes de souvenirs qui n'en sont pas, pour ces récits qui ne sont que des histoires!!! On ne lit pas pour construire, ni détruire ni reconstruire.. Ce qui a été n'est plus et seul ce qui reste compte... Or ce qui reste, ce sont les mots, les pensées que parfois, heureusement, certains êtres couchent sur le papier.Alors respectons le sommeil des mots, le silence des pages... Gouttons au plaisir de les savourer sans en avoir l'air... Tant que des auteurs écriront, le verbe "lire" aura du sens et même à l'impératif : lisons!

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